1951
Texte de Francis Rodriguez
![]()
Le Tessala
|
J’ai vu le jour à Sidi-Bel-Abbès en 1941 , dans la cité la vie était rythmée par les défilés des ’’ képis blancs’’ de la légion étrangère et par les victoires du SCBA , notre équipe de football , sport que j’ai pratiqué . Enfant , j’ai toujours rêvé de posséder un vélo de course , je dus me contenter d’une simple bicyclette sans dérailleur . Chaque jour , je dévorais les pages sportives de l’Écho d’Oran , je suivais la carrière de Marcel Fernandez qui venait de terminer brillamment le Tour de France 1952 . Je m’intéressais aux résultats des deux champions de la JSSE , Félix Valdès et Vincent Miraillès, ils raflaient presque tout . Ma préférence allait au vaillant et sympathique Ernest Niéto , enfant de Prudon-Bel-abbès, salut Ernesto!!! Dès 1956 , il était dangereux de s’éloigner de Bel-Abbès à vélo , notre club , La JPBA , disparaîtra peu après . Plus tard , je devins cyclotouriste et j’eus enfin un vrai vélo de compétition , je gravis ainsi les cols célèbres dans la région de Grenoble : le Galibier , Croix de fer , Glandon , Alpe d’Huez , Vercors et Chartreuse , le sommet cher à mon cœur restera toujours Le Tessala , mon premier sommet , j’avais terriblement souffert mais quel beau souvenir . Cette petite difficulté faisait partie d’un circuit bien connu des cyclistes Oranais : Oran , Bel-Abbès , Tessala , Er Rahel , Lourmel et Oran . Je remercie l’OC de m’avoir permis de rédiger ces quelques lignes , je suis très heureux de faire un peu partie de la grande famille des cyclistes d’Oranie. Pour tous les Bel-abbésiens , le Tessala était notre montagne , le sommet culminait à 1061 mètres , l’hiver on apercevait quelquefois la cime enneigée . Chaque matin mon père scrutait ce petit massif et lorsque des nuages accrochaient le sommet il nous disait : « aujourd’hui il va peut-être pleuvoir . »Pendant les vacances de Pâques 1954 , avec mon ami Jean-Pierre nous décidâmes d’aller voir ses grands-parents qui habitaient la ferme A.Lisbonne ( du nom de l’ancien maire de Bel-abbès , propriétaire des lieux ) . Le grand-père Guillem et son fils géraient le domaine agricole se trouvant au Tessala . Nous voilà donc ce matin là prêts à affronter les pentes de ce petit mont . Après avoir laissé à droite le faubourg Gambetta et traversé les dernières maisons du Mâconnais la route commença à s’élever doucement . Mon vélo n’avait qu’un seul braquet alors que celui de J-Pierre disposait d’un dérailleur à trois vitesses , je ne tardais pas à sentir la différence mais enfin tout allait pour le mieux . Le soleil commençait à chauffer et comble de l’inexpérience nous n’avions pas pris de gourde pour boire . La route devint plus difficile , la pente raide nous obligeait à nous dresser sur nos pédales , au détour d’un virage on apercevait la plaine de la Mékérra et au milieu , notre cité . La chaleur devenait de plus en plus forte et nous mourions de soif , pas une source au bord de la route , cela devenait de plus en plus dur , d’après J-Pierre nous n’étions plus très loin de la ferme . Après le carrefour qui menait au village de Bonnier , nous prîmes à droite , nous nous retrouvâmes sur un chemin de terre avec d’énormes ornières causées par la pluie et les tracteurs . Nous étions au bout du rouleau , nos forces commençaient à nous abandonner , puis en prenant sur la gauche la végétation devint plus belle , nous entrions dans une sorte d’Eden ,la ferme était là . Nous mîmes pied à terre , sur la droite se trouvait une vaste parcelle plantée d’amandiers et sur la gauche une grande basse-cour fermée par un grillage où l’on apercevait toutes sortes de volailles : des poulets , des canards avec leur bassin , des dindons , des pintades et des pigeons qui nichaient dans des caisses en bois installées en hauteur . Dans la cour de la ferme une grande table rectangulaire était installée à l’ombre de grands arbres centenaires , je revois encore la tête du grand-père apercevant son petit- fils et appelant son épouse , ils nous servirent à boire de l’eau fraîche avec de l’antésite dans une carafe que nous bûmes rapidement car nous avions une grande soif , une seconde carafe fut vidée également . J-Pierre me montra ses coins de jeux , mais il nous fallait repartir car l’heure tournait . En partant je ne pus résister à cueillir quelques amandes sur l’arbre , elles étaient tendres , quel délice !! Le retour se passa plus facilement , nous descendions à tombeau ouvert , sans nous servir beaucoup de nos freins . En arrivant à hauteur du faubourg Gambetta nous ne sentions plus nos jambes , nous avions un coup de fringale , et l’arrivée chez nous fut pénible . Il était plus de 12heures 30 et l’entrée à la maison allait être des plus périlleuses . En ouvrant la porte , j’entendis papa me dire « d’où viens tu ? » , grand-père , mes parents et mon frère Manuel avaient presque fini de déjeuner . Je devais improviser rapidement « J-Pierre avait une affaire à porter chez sa tante , Mme Cordoba , la boulangère du village Perrin , en revenant son pneu arrière a crevé et nous sommes revenus à pied . » Papa me regarda , je revois ses yeux gris me fixer , mon histoire semblait plausible …« assieds-toi et dépêche toi de manger » me dit-il …Ouf , j’étais sauvé . Tessala … Tessala …tu es toujours là . Francis
|
![]()